Résumé
Domestiqué quatre millénaires avant notre ère, l’âne joue un rôle important dans la vie quotidienne des peuples de l’Antiquité méditerranéenne. De nombreux documents le montrent au travail : il porte, il tire, il pousse, il foule. D’abord positive, son image tend à se dévaloriser à partir du moment où le cheval lui fait concurrence. Les fables et les proverbes dénoncent sa paresse et son entêtement, et les récits mythologiques, sa luxure. À Rome, son nom devient même une injure à l’époque impériale (asinus).
Au Moyen Âge, cette image de l’âne continue de se dégrader. À la campagne, l’animal travaille certes durement, mais il est désormais au service des plus pauvres et s’en trouve déprécié. Bestiaires et encyclopédies soulignent sa stupidité et sa méchanceté, tandis que dans les images, ses oreilles prennent place sur la tête des bouffons et des fous. Seule l’histoire sainte le valorise : il a eu l’honneur d’assister à la Nativité puis de porter le Christ lors de son entrée à Jérusalem.
Toutefois, c’est seulement à l’Époque moderne que la symbolique de l’âne commence à s’inverser. Chez certains philosophes, l’animal obtus devient clairvoyant, et plusieurs naturalistes – au premier rang desquels Buffon – cessent d’en faire un cheval au rabais. Ils vantent au contraire ses qualités naturelles et invitent à mieux le considérer. La sensibilité romantique prend le relais, qui s’apitoie sur le sort de cet animal par trop humilié et maltraité. Poètes, conteurs, artistes en proposent un portrait renouvelé, chaleureux et bienveillant. La prétendue bêtise de l’âne s’efface peu à peu en même temps que son bonnet d’infamie.
Cette image revalorisée de l’âne se prolonge jusqu’à aujourd’hui. On la retrouve dans le livre pour enfants, au cinéma, dans le bestiaire des emblèmes et des symboles. De nos jours, peu d’animaux disposent d’un capital de sympathie comparable.
Historien reconnu des couleurs, Michel Pastoureau l’est aussi des animaux. Après Le Loup (2018), Le Taureau (2020), Le Corbeau (2021) et La Baleine (2023), il signe ici le cinquième volume d’une collection consacrée à l’histoire culturelle des animaux. Depuis sa thèse Le Bestiaire héraldique médiéval, soutenue en 1972, il n’a jamais cessé de travailler sur la symbolique animale et l’histoire de la zoologie. Directeur d’études émérite de l’Ecole pratique des hautes études, où il a occupé pendant 37 ans la chaire d’histoire de la symbolique occidentale, il a publié un grand nombre d’ouvrages, dont plusieurs ont été traduits dans une trentaine de langues. Parmi ses publications parues au Seuil, on citera : L’Ours. Histoire d’un roi déchu (2007) ; Bestiaires du Moyen Âge (2011) ; Le Roi tué par un cochon (2015) ; mais aussi, plus largement, parmi ses ouvrages illustrés : L’Art héraldique au Moyen Âge (2009) ; sa série consacrée aux couleurs : Bleu, Noir, Vert, Rouge, Jaune, Blanc et Rose – Histoire d’une couleur (2000,2008,2013,2016,2019,2022,2024), complétée des Couleurs expliquées en images (avec Dominique Simonnet, 2015), ou encore Le Grand Armorial équestre de la Toison d’or (avec Jean-Charles de Castelbajac, Seuil/BnF, 2017) et la nouvelle édition de Rayures, une histoire culturelle (2021).
Détails produit : broché, grand format, 9782021586695, disponible sous 7 jours.



